Journée d’étude en hommage à Françoise Héritier

Les « butoirs de la pensée »

Journée d’étude en hommage à Françoise Héritier

 

Modérateur de la journée

Fabio Viti. Professeur à Aix-Marseille Université. UMR 8171 Institut des Mondes Africains (IMAf) – 243 IRD –  Aix Marseille Université

 

 

Programme

Première partie 14h-16h

 

Michael Houseman. Directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes,Université PSL, UMR 8171 Institut des Mondes Africains (IMAf)

Quand ceux qui m’étaient interdits me deviennent permis

 

Marie-Luce Gélard. Maîtresse de conférences – HDR Université Paris Descartes. Membre junior de l’Institut Universitaire de France. Laboratoire Canthel (EA 4545)

Françoise Héritier et la parenté. Humeurs corporelles et structure semi-complexe de l’alliance

 

Cristina Figueiredo. Maîtresse de conférences. Université Paris Descartes. Laboratoire EDA (EA 4071)

Eteri. liens de parenté, humeurs et sentiments chez les Touaregs Kel Adagh

 

 

Michèle Fiéloux. Ethnologue et réalisatrice. CNRS. Laboratoire d’Anthropologie Sociale

Corps féminin, alliance et liaison des substances. (Lobi, Burkina Faso)

 

Pause-café 16h-16h30

Deuxième partie 16h30-18h


Corinne Fortier. Chargée de Recherche première classe au CNRSLaboratoire d’Anthropologie Sociale

Corps, substances et genre dans la société maure de Mauritanie et en islam : séduction, procréation et parenté en dialogue avec Françoise Héritier

 

Laurent Barry. Maître de conférences à l’EHESS. Laboratoire d’Anthropologie Sociale

Raisons d’Êtres. Françoise Héritier et la « génétique sauvage »

 

 

Maria Teixeira et al. Maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot. ECEVE UMR 1123 INSERM. Fellow de l’IC Migrations

Représentations de la transmission de la maladie chez les jeunes atteints de drépanocytose : le cas d’une maladie génétique autosomique récessive

 

Pot-18h30

 

Comité d’organisation

Pour la Société des Africanistes :

  • Maria Teixeira – Secrétaire générale de la Société des Africanistes
  • Fabio Viti – Secrétaire général adjoint de la Société des Africanistes

En partenariat avec le Laboratoire d’Anthropologie Sociale

 

Argument

Membre de la Société des Africanistes pendant 59 ans sans discontinuer, de 1958 à 2017, Françoise Héritier nous a quittés. Cette grande dame de l’anthropologie nous a laissé une œuvre scientifique majeure, qui a marqué notre discipline. Ses recherches, sur la parenté, le corps et sur ce qu’elle avait appelé la « valence différentielle des sexes », sont aujourd’hui de grands classiques de l’anthropologie.

La Société des Africanistes souhaite, un an après son décès, revenir sur les apports théoriques qu’elle nous a laissés en organisant une journée d’étude rassemblant quelques anthropologues membres du groupe « Corps et affects » – qu’elle animait avec Margarita Xanthakou au Laboratoire d’Anthropologie Sociale – et qui ont travaillé en terrain africain. Dans ce séminaire, Françoise Héritier nous a proposé un espace de discussion et des pistes de réflexion grâce à ses commentaires éclairés sur nos travaux. Cela a abouti, en 2004, à la publication de l’ouvrage « corps et affects » aux éditions Odile Jacob. Depuis, nous nous sommes éparpillés et chacun d’entre nous a poursuivi son chemin. Cette journée sera l’occasion de nous retrouver et de faire le point sur les différentes directions prises par nos travaux et sur l’apport de Françoise Héritier.

De ses premières analyses sur la parenté est née, chez elle, l’idée qu’il existait des « butoirs de la pensée ». Dans le champ de la parenté et de l’alliance, elle a identifié un butoir qui se fonde sur un substrat biologique et trois relations : la différence des sexes, la succession des générations, et l’ordre de séniorité au sein d’une même génération. Pour elle, les sociétés se sont emparées de ces invariants biologiques pour produire une multiplicité de systèmes matériels et symboliques. Poursuivant ses réflexions sur le corps, le sexe, la procréation, les âges de la vie, la maladie et la mort, elle a pris en compte ce support biologique pour le dépasser en démontrant qu’une logique humaine universelle était à l’œuvre dans les catégorisations du corps et de ses sensations. Toutes les sociétés combinent de manière particulière des classements binaires universels (chaud, froid – dur, mou – sec, humide…).

Elle s’est plus particulièrement intéressée au corps féminin et au mécanisme qui dans toutes les sociétés a placé les femmes en position inférieure. Pourquoi est-ce que partant du simple constat d’une différence entre les sexes, les sociétés ont systématiquement établi une hiérarchie en défaveur des femmes ? Françoise Héritier avance l’idée, au fondement de sa théorie sur la « valence différentielle des sexes », que le corps des femmes est celui qui a ce pouvoir exorbitant de donner naissance à des enfants des deux sexes. Aussi, les hommes qui souhaitent s’assurer une descendance doivent passer par elles et donc contrôler ce corps pour que les femmes ne partent pas avec ce bien précieux que sont les enfants. Il s’agit probablement là de la théorie la plus connue de Françoise Héritier et dont se sont saisies les féministes. Rappelons que Françoise Héritier était aussi une anthropologue dans la cité ; elle a été, en 1989, la première Présidente du Conseil national du sida. Ses réflexions anthropologiques fondamentales ont su s’accompagner d’applications et d’utilités sociales.

Cette journée d’étude nous permettra de présenter des contributions originales d’anthropologues ayant travaillé en Afrique et suivi son séminaire « Corps et affects ». Ces interventions seront suivies d’un échange avec la salle.